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Corellisi Hermi
Première Partie
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Au hasard des alléesCHAPITRE 1 Depuis l’intérieur du grav-train, la vue était saisissante. Les vastes pâturages verdoyants du continent offraient un spectacle grandiose. Unique, pour un étranger. D’ailleurs, là où se rendait le véhicule de transport en commun sur répulseurs, il y en avait beaucoup. Beaucoup, pourtant, seule une infime quantité d’entre eux prenaient le temps d’observer cette nature préservée devant les questions d’urbanisation à grande échelle, qui avait de tout temps opposé de nombreux organismes. Cet enjeu, dont la capitale de la politique galactique – Coruscant – s’était rendue maître, n’avait réellement eut son lot d’importance qu’à Coronet, véritable astroport de classe galactique et préfecture principale de la présente planète. Quand bien même, son panorama citadin était considérablement distant des hautes flèches infinies du territoire coruscanti. Et si la ville était attractive pour des raisons impressionnistes, le grav-train n’était pas encore arrivé à bon port et tout un horizon de splendeurs profondes s’offrait toujours aux occupants de l’appareil. C’était, à dire vrai, l’une des grandes richesses de Corellia ; planète civilisée des Mondes du Noyau, au centre d’une région cartographique quasi-éponyme : le Secteur Corellien ; dont le système central – gravitant autour de l’étoile Corell – était pentaplanétaire.
Filant à vive allure devant un troupeau d’herbivores bipèdes, le transport emprunta un rail magnétique longeant le pourtour d’une formidable forêt d’épineux, baignée toute entière de lumière. Les étendues géographiques défilèrent et le paysage commençait à changer, les arbres disparurent peu à peu pour laisser place à une végétation beaucoup moins dense, et ces buissons aux feuilles triangulaires parsemaient les étendues d’herbes hautes. Le train passa au-dessus d’un étang sur lequel un garde-chasse Drall et un humain pêchaient posément, avant que l’herbe ne se raréfie et que le sable n’apparaisse. Alors, on la vit. La mer. Pour être exact, il ne s’agissait que d’un long détroit reliant un paysage administratif à un autre. Le détroit de Doakua, ou Bras de Paix. Mais cette vision restait magique. De l’autre côté, il y avait Coronet et Tyrena, que l’on pouvait déjà apercevoir du bras de mer. Depuis des temps immémoriaux, Tyrena avait toujours été une station balnéaire ne subsistant que par un tourisme accru, omniprésent pour découvrir, et surtout profiter pleinement, des légendaires Plages d’Or. Une métaphore assurément justifiée en vue du sable étincelant des côtes corelliennes ; s’étendant, telles un long fleuve indocile, sur plus de quatre-vingt kilomètres entre les archipels Doakua et la grande agglomération balnéaire.
Les balises magnétiques qui flottaient sur l’eau de la grande mer corellienne, infime parmi tant d’autres, endossaient l’important rôle de relais ferroviaires et permettaient au grav-train de se mouvoir au-dessus de la plaine maritime. Le transport parvint alors de l’autre côté du Bras de Paix et s’enfonça dans un tout autre style de panorama. Plus les kilomètres défilaient, plus le paysage se complexifiait. Ici et là, tout d’abord, se dressaient de modestes tours métalliques puis des édifices plus imposants comme des immeubles de ferrobéton ou des hangars circulaires creusés à même le sol. Nul doute, on entrait dans une ville importante : Coronet, la capitale planétaire. Alors, les constructions se densifiaient, les flux de circulation s’amplifiaient et les buildings surplombaient, luxuriant, la vie mondaine de la métropole corellienne. Le transport en commun emprunta alors une voie aérienne affectée, côtoyant machinalement d’autres véhicules, avant d’amorcer la descente programmée pour le premier embarcadère périurbain. Dès l’immobilisation, quelques uns des voyageurs quittèrent le véhicule, passant par l’ouverture engendrée par les larges portes coulissantes. Il y avait, dans le groupe, des humains, des Séloniens mais aussi des espèces moins courantes ou, disons, moins habilitées, comme des Malastariens, des Falleens, des Toydariens ou d’autres Sullustéens, venus pour faire des affaires ou diverses magouilles en tout genre. Et si c’était bien le cas, ce qui n’avait rien d’exceptionnel en ce lieu, ils ne pouvaient pas mieux aboutir qu’au premier quai, puisque s’il fallait marchander avec toute la galaxie, mieux valait éviter le centre-ville et rejoindre les périphéries, d’où s’étendait le mythique Grand Marché Corellien, dont la renommée n’avait d’égale que l’existence des Jedi. Et encore…
Ce gigantesque bazar était un lieu où la quasi-totalité des espèces de la Galaxie se rencontraient chaque jour dans une multitude d’allées aussi étranges les unes que les autres. Pour autant, si les autorités reconnaissaient ses activités comme illégales et dangereuses, elles n’interféraient que très rarement dans les malversations de ces quartiers, fâcheusement populaires, car les quelques centaines de milliers d’étrangers qui y échouaient chaque jour pour appât de gain, enrichissaient ironiquement la planète grâce aux taxes d’astroport. Mais ce n’était décidément pas à cet endroit où souhaitait se rendre le jeune homme, adossé sur son siège depuis l’embarcation au village de Midoblivyn, à l’intérieur du grav-train qui redémarrait sans perte de temps.
Le véhicule referma ses portes et vrombit quelques instants avant de quitter l’appontement dans un sobre envol. Il se mêla au trafic aérien qui survolait la ville, comme une nuée de ptérygotes, et poursuivit son planning de services. À Coronet, la ville était fortement urbanisée mais la nature y était toujours manifeste, ce qui faisait d’elle l’une des plus agréables villes technologiques du Secteur et bien au-delà. Ici, chaque pavillon visible, implanté dans de petits quartiers organisés, était pourvu d’un jardin coquet et toutes les allées étaient bordées d’arbres centenaires et de buissons vivaces. Jamais nature et cité n’avait été tant en harmonie qu’à Coronet, où les plus grandes tours, pareilles à des clochers, ne dépassaient guerre les cinquante mètres – à l’exception de quelques donjons administratifs – et étaient décorés de lierres ou d’autres feuillages exotiques et modestes. D’ailleurs, le train contourna l’un de ces minarets bureaucratiques avant de redescendre vers un complexe dense d’immeubles bleutés. Il passa entre un enchevêtrement aérien de canaux métalliques, zigzagua dans un labyrinthe rangé de studios surélevés et s’enfonça dans les boyaux d’un centre-ville bien actif, pour une matinée ordinaire. Le transport ralentit soudainement et une voix monocorde au timbre artificiel résonna dans le wagon et attira l’attention du jeune homme.
— Le tramway Midoblivyn-Coronet de la compagnie des lignes Corail vous annonce l'approche imminente du deuxième arrêt. Veuillez attendre l’immobilisation intégrale du véhicule avant le débarquement par les ouvertures latérales.
Pourtant, malgré ces recommandations usuelles, peu de passagers prenaient le temps d’en perdre.
Un indicateur lumineux de couleur rouge s’activa quelques centimètres au-deçà de l’issue, indiquant la proximité d’un nouveau débarcadère. Le quai se rapprocha et le train s’arrima, tel un insecte dans un rayon tracteur, avec un bruit discordant, sur un bout de ferraille usé par les innombrables déchargements journaliers. L’éclat de la diode luminescente vira au bleu.
— Nous espérons que vous ayez fait bon voyage, Ol’val et à bientôt, Corail Corellisi, annonça le droïde, via le microphone général.
Le panneau latéral de plastoïde cristallin émit un bruit bref, comme lorsque l’on retirait prestement une ventouse caoutchouteuse. Il se plaqua contre la paroi externe du train, offrant aux passagers du tramway à répulsion, qui reliait le village Midoblivyn à Coronet, la possibilité de quitter son toit. Noremak Holstar se pressa au dehors, sans perdre de temps inutilement, et emprunta une voie piétonne passant sous un anneau de ferrobéton disproportionné. Les gens le nommaient la Ceinture Périurbaine. Il y en avait plusieurs à Coronet et de différentes envergures. Il s’agissait d’imposants wagons circulaires posés à même un rail de diamètre analogue qui, en activant ses répulseurs, se détachaient du sol et se mettaient en rotation. Les ingénieurs du Génie Civil Corellien avaient imaginé ce dispositif afin de permettre aux habitants de passer d’un bout à l’autre de Coronet en évitant les flux de circulation, où même les transports en commun étaient ralentis. De plus, cela limitait grandement les émanations de vapeurs polluantes dues aux différents modes de propulsion des vaisseaux ; qu’ils soient homologués ou non.
Le jeune homme traversa une place, bondée d’individus en tout genre, et contourna un monument ancien représentant un héros Jedi d’une prestigieuse lignée locale, figé à jamais dans la roche. Les Chevaliers Jedi, dont on disait d’eux qu’ils se portaient les garants de la paix et de la justice dans la galaxie, étaient plus nombreux – sur Corellia – que l’on ne pouvait le croire. Toutefois, il n’y avait que très peu de noms différents qui leur était attribué. Cela venait du fait que, sur cette planète, les corelliens sensibles au fluide Jedi qu’on nommait la Force étaient répartis dans de véritables cercles familiaux – eux-mêmes peu nombreux –, s’étendant sur plusieurs générations. Ces clans étaient, en général, une grande et même famille dans laquelle un nombre éminent d’entre ses membres devenait de respectables Chevaliers Jedi. Et s’ils étaient si manifestes dans la culture populaire, c’était du fait de leur indépendance marquée vis-à-vis de leur Temple. Ils préféraient généralement veiller sur leurs terres en restant chez eux, après leur interminable formation. Mais Noremak n’avait que faire des ces figures emblématiques et ce n’étaient pas elles qui changeraient sa vie, en bien ou en mal, ni ces pauvres naïfs qui marchandaient avec de la racaille galactique, d’ailleurs. Lui, il restait un brillant étudiant dont le seul objectif à court terme était de réussir ses longues études, qu’il s’apprêtait à reprendre, en déambulant sur la place intérieure du centre-ville aux hauts murs ferrobétonnés. Pour cette raison, le jeune homme ne prit pas attention au vieux personnage qui venait de trébucher dans les marches d’un escalier à proximité. L’humain semblait décati mais s’accrochait à la vie. Toujours est-il que Noremak ne le vit pas et poursuivit son chemin vers sa prestigieuse académie, indifférent et le regard clos sur un entourage étant un temps soit peu différent de lui et de sa glorieuse vision de l’existence. Toutefois, Noremak n’était pas quelqu’un de solitaire et de désagréable. Il était, en outre, très sociable et apprécié par ceux qu’il rencontrait, même si la plupart d’entre ces personnes étaient des camarades étudiants. Enfin, Noremak Holstar était, en tout cas, amené à faire de grandes choses. Des choses qu’il n’avait pas coutume d’entreprendre...